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Monday, April 4, 2011

Le Printemps du Gaz Naturel


L’instabilité politique observée ces quatre derniers mois dans certains pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et la crise nucléaire venue du Japon ont en commun leur impact colossal sur le marche de l’énergie – flambée des prix du pétrole et du gaz, relance du débat sur l’indépendance énergétique et sur la sortie du nucléaire. Ces deux événements géopolitiques vont accélérer la prise de position du gaz naturel comme énergie de transition vers une société post-carbone. En effet, le gaz naturel a le potentiel d’être le pont entre les énergies polluantes que sont le pétrole et le charbon et les énergies propres que sont les énergies renouvelables.
A l’heure d’aujourd’hui le gaz a tous les atouts pour être le carburant de choix des futures décennies. Avec les doutes sur la sécurité de l’énergie atomique réaffirmés à la suite de l’accident la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, l’avenir de l’énergie nucléaire s’est assombri. Les avantages du gaz sont nombreux : c’est la moins polluante des énergies fossiles, il existe en abondance et à un prix compétitif grâce à la découverte du gaz de schiste, et il peut permettre à certains pays d’améliorer leur sécurité énergétique.
Le gaz naturel peut nous aider à maitriser le réchauffement climatique et peut contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le gaz comparé au charbon génère environ la moitié de Co2 - 117 000 livres par milliard de Btu de dioxyde de carbone, contre 208 000 livres pour le charbon - et une fraction de son azote et émissions de dioxyde de soufre. Les efforts mondiaux pour développer la commercialisation de la technologie visant à faire du charbon propre -- capture et séquestration de carbone -- restent encore à leurs balbutiements, et il faudra au moins une décennie avant que la technologie puisse être appliquée à grande échelle.

L’utilisation des énergies alternatives dans la production d'électricité, bien que vouée a une croissance substantielle, ne sont tout simplement pas encore prêtes à prendre le relais des combustibles fossiles. Les énergies éolienne et solaire restent des technologies coûteuses et nécessitent le back-up d'une autre source d'énergie de base. L'énergie nucléaire pose des questions de sécurité dans le monde entier, et les délais de construction et obtention de permis peuvent s'étendre sur 10 ans ou plus. L'hydroélectricité - une des sources d'énergie les plus propres même si elle peut affecter le système aquatique - est coûteux et nécessite d'un délai de 5-10 ans.
Avec les combustibles fossiles comme source dominante d'énergie dans le court et moyen terme, la demande de gaz devrait croître de 42% en 2007-30, de 3 milliards de mètres cubes en 2007 à 4,3 milliards de mètres cubes en 2030, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Il y a abondance de gaz naturel. Les réserves prouvées à la fin de l'année 2008 ont été estimées à plus de 180 milliards de mètres cubes - plus que suffisantes pour répondre aux exigences de notre siècle. Le gaz non conventionnel - tel que le gaz de schiste aux Etats-Unis - est amené à avoir un impact révolutionnaire sur le bilan d'approvisionnement. La révolution a démarré aux Etats-Unis mais se propage rapidement dans le reste du monde avec des perspectives de développement en Europe – Germany, France, UK – et Europe de l’Est -- Pologne, Ukraine -- en Amérique latine, Chine, Inde, et Moyen-Orient. Les ressources de gaz non conventionnelles sont estimées à plus de 900 milliards de mètres cubes. Le gaz conventionnel peut désormais se résumer comme de petits volumes faciles à développer alors que le gaz de schiste - ou tout autre gaz non conventionnel peut être décrit comme de grands volumes qui sont difficiles à développer.
Les progrès réalisés par les compagnies américaines dans la technologie d’extraction du gaz de schiste – notamment le forage horizontale et la fracturation hydraulique -- ont été considérables ces trois dernières années et ont permis à ce gaz de devenir rentable. En 2009, les Etats-Unis sont devenus les premiers producteurs de gaz naturel dans le monde devant la Russie grâce à leurs gaz non conventionnels. C’est un revirement sensationnel pour l’Amérique qui depuis les années 90 compte tenu du déclin avéré de leurs ressources autochtones de gaz conventionnel, ont construit plusieurs terminaux méthaniers pour importer par bateau du gaz naturel liquéfié (GNL) principalement de Trinidad, mais aussi d’Egypte, Norvège et plus récemment du Qatar, Yemen et Pérou. Mais ces terminaux sont à l’heure d’aujourd’hui sous-utilisés et non plus de raison d’être. De fait, grâce au gaz de schiste les Etats-Unis sont dorénavant auto-suffisants et n’ont plus de besoin d’importer du gaz. Ils ont assez de gaz pour subvenir à leur besoin pour le reste du siècle – par comparaison ils ont moins de 9 ans de réserves de pétrole. Dans ce contexte, au moins deux terminaux méthaniers désirent convertir leur installation d’importation en usine d’exportation de GNL et espèrent pouvoir exporter leur gaz dans un avenir proche en Europe ou ailleurs.

Combustible de choix

L'industrie du gaz naturel peut jouer un plus grand rôle dans deux secteurs principaux: la production d'électricité et le transport. Le remplacement du charbon par le gaz dans les centrales électriques offre une solution instantanée pour réduire les émissions de carbone. En outre, le gaz naturel peut être combiné avec les énergies renouvelables pour offrir des solutions énergétiques propres hybrides, sous la forme de centrale gaz solaire ou gaz éolienne. Cela permettrait non seulement aux énergies renouvelables de pénétrer le marché, mais aussi de répondre aux préoccupations au sujet de leur alimentation intermittente.

Le gaz naturel peut également être étendu au transport routier en particulier aux véhicules lourds. Le gaz naturel pour véhicule (GNV) offre outre un avantage comparatif en termes de coûts, un avantage environnemental - il émet environ 25% moins de CO2 et une plus grande réduction des autres polluants - par rapport aux carburantes essences et diesel. Dans le monde, l'utilisation du gaz naturel pour véhicule reste limitée à une poignée de pays, comme le Pakistan, l'Argentine, le Brésil, l'Inde, l'Iran et l'Italie. Bien que le GNV offre un attrait particulier pour les transports publics et les flottes de taxis, son extension aux voitures se heurte à plusieurs obstacles tels que la nécessité de construire un réseau fiable. Alors que les pays dotés d’abondantes réserves de gaz sont plus susceptibles d’adopter le GNC, ailleurs il offre seulement une solution intermédiaire avant que d'autres technologies pour réduire les émissions de CO2 dans le transport émergent, comme les biocarburants et les voitures électriques.
Le magnat américain T. Boone Pickens qui a pourtant fait fortune dans le pétrole pousse désormais à la substitution du pétrole importé par le gaz naturel domestique en tant que carburant dans les transports en plus de ses autres usages dans la production d'électricité, produits chimiques, etc. Son plan permettrait de réduire drastiquement la dépendance de l'Amérique à l'égard du pétrole.
Mais de nombreux responsables politiques sont encore loin d'accepter le gaz naturel comme l’énergie de transition avec le meilleur rapport cout-efficacité. Cependant Président Barak Obama dans son discours du 30 mars sur l’énergie a reconnu le gaz naturel comme une nouvelle source d’énergie – substitut crédible du pétrole dans le transport notamment -- qui doit jouer un rôle prépondérant dans la nouvelle politique énergétique américaine, aux côtés des biocarburants renouvelables, de l’énergie nucléaire et des énergies solaires et éoliennes.
Le gaz gagne également sur le terrain de la sécurité énergétique en permettant à certains pays d’améliorer leur sécurité d’approvisionnement soit en développant des ressources propres s’ils trouvent du gaz de schiste, soit en réduisant leurs importations de pétrole en les substituant par du gaz dans la production d’électricité ou dans les transports.
Mais le gaz n’est pas sans problème. Il reste un combustible fossile qui pollue plus que les énergies alternatives, et le développement des réserves de gaz non conventionnels soulève des préoccupations environnementales sérieuses en particulier les questions de pollution de l'eau lors de la fracturation hydraulique. Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de s’assurer que l’exploitation de ces ressources de gaz se fait en toute sécurité, sans polluer l’approvisionnement en eau.
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Il est possible que le règne du gaz ne durera que quelques décennies si les gouvernements poursuivent des politiques agressives face au changement climatique. Dans le monde pré-Fukushima, l’AIE prévoyait que la demande de gaz dans les pays de l'OCDE atteindrait un pic en 2020 si les politiques agressives face au changement climatique étaient suivies, avec les producteurs d'électricité investissant dans les énergies renouvelables et nucléaire. Par ailleurs, la demande de gaz dans certaines régions non membres de l'OCDE continuerait d'augmenter à l'horizon 2030, notamment en Inde et en Chine.

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